samedi 29 novembre 2008

Encore une dépêche AFP pour... soutenir l'AFP !


On n'est jamais mieux servi que par soi-même ! C'est ce qu'ont du se dire les journalistes de l'Agence France Presse en publiant une dépêche sur la pétition pour soutenir "l'indépendance et la survie" de l'AFP face à "des projets bien avancés" menaçant selon elle le statut de l'entreprise de presse.

Petite explication. Vous n'êtes pas sans ignorer que notre petit Nicolas national veut tout réformer, tout changer, tout bouleverser. Bref, il veut marquer son territoire pour que nul ne l'oublie lorsqu'il ne sera plus président. Bien entendu, il lui fallait aussi - et surtout - s'attaquer au milieu médiatique. Ainsi, après la réforme de l'audiovisuel public et les états-généraux de la presse, voilà que les représentants de l'Etat au conseil d'administration de l'AFP demandent à son P-DG, Pierre Louette, de proposer une "modernisation" du statut, évoquant la possibilité de créer un "actionnariat stable".

L'intersyndicale de l'AFP rappelle dans un communiqué à l'issue d'une assemblée générale que l'Agence France Presse est dotée d'un "statut unique, défini par une loi de 1957 destinée à garantir son indépendance structurelle à l'égard des pouvoirs publics et de tout autre groupement idéologique, politique ou économique".

Dans ce communiqué, l'AFP ne manque pas de rappeler que l'Agence a dernièrement fait l'objet d'"attaques sans précédent de la part de certains hommes politiques proches du pouvoir en France".

Heureusement que nous vivons dans un pays où la presse est libre et indépendante, n'est-ce pas ? ;)
Au fait, pour signer cette pétition et soutenir la principale source de nos amis journalistes, rendez-vous ici : http://www.sos-afp.org/

vendredi 28 novembre 2008

La justice iranienne est littéralement aveugle

Jeudi dernier, je suis tombé sur une dépêche AFP dont le titre était : "La justice iranienne condamne un homme à être aveuglé à l'acide".

Intrigué, je poursuis la lecture. Au fil de cette dépêche, on apprend qu'un homme a demandé une femme en mariage. Elle a refusé. Il l'a aveuglé à l'acide (logique me direz-vous...).

Cet homme a été traduit en justice. L'AFP explique : "En vertu du principe de "qisas" – ou juste châtiment – prévu par le droit islamique iranien, le tribunal a jugé que l'homme devait à son tour être rendu aveugle par un jet d'acide."

Le moins que l'on puisse dire est que la justice iranienne a aveuglément le sens de l'équité.

samedi 22 novembre 2008

"L'hallu totale", résume un proche de Hollande

En début de soirée, je m'étais dit : "bon allez, t'attends minuit voire 1h du matin, d'ici là t'auras les résultats et tu pourras aller pioncer".

Mais comme rien ne se fait dans la norme au Parti Socialiste, je suis toujours là, à plus de 2h du matin, à assister à un spectacle complètement hallucinant :

Etape 1 : vers minuit, Royal est donnée "largement" gagnante, à 52 voire 53% des votes, devant une Martine Aubry à 47%.

Etape 2 : 30 minutes plus tard, Manuel Valls vient tempérer ces estimations, en confirmant les déclarations du camp Aubry, qui donnait les deux candidates à 50-50.

Etape 3 : peu avant 1h du matin, le camp Aubry proclame la victoire de la maire de Lille. Aubry serait à 50,5%, Royal à 49,5%. On croit la soirée terminée, mais c'était sans compter sur la surprenante inventivité des socialistes !

On passe donc à l'étape 4 : Manuel Valls, lieutenant de Ségolène Royal, conteste les résultats, évoquant des tricheries dans les fédérations du Nord. Argument avancé : Ségolène a progressé partout... sauf là ! Et il trouve ça louche... Il va jusqu'à déclarer : "Nous ne nous laisserons pas voler la victoire !".

Mais le camp Aubry enfonce le clou. Pour eux, aucun doute possible, Aubry est devant. L'écart grandi. On parle d'un écart plus que réduit de 1000 voix et quelques.

Etape 5 : 1h15, on parle désormais de 115 voix d'écarts !!!!!!! Le camp Royal négocierait un partage équitable des responsabilités, en plaçant Vincent Peillon au poste de premier secrétaire adjoint d'Aubry.

Etape 6 (tout ça en à peine 2h hein...) : Hammadi, lieutenant de Benoit Hamon, persiste et signe; Aubry a gagné !

Mais l'écart se réduit. Selon un proche du premier secrétaire sortant François Hollande, il n'y aurait que 40 à 50 voix de différence entre Aubry et Royal ! Oui vous avez bien lu, à peine 40 voix d'écart ! Pour ce proche de Hollande, "c'est l'hallu totale !"

Il est à présent plus de 2h20, et les négociations vont bon train à Solferino.

Le site du quotidien gratuit 20 Minutes décrit la situation devant le siège du PS :

2h11:ça chauffe devant le QG du PS

Des dizaines de militants sont massés sur le trottoir rue de Solférino. "Unité, unité!" scandent certains, pour couvrir d'autres qui crient "magouilleurs, magouilleurs!". "Voleurs", crient d'autres... Un militant breton, dont le désespoir de son parti n'altère pas le sens de l'humour, nous écrit: "allez j'en ai marre, tant qu'a voir des horreurs, je vais sur youporn[un site pour adulte, ndlr]"...

Et moi, je vais me coucher ! Bilan de la nuit ? C'est pas demain que la fraternité fera son nid au PS... ;)

ps: je mets de post dans la catégorie "humour" aussi, parce que quand même... c'est assez burlesque comme élection !

jeudi 13 novembre 2008

Villepin, « suivi et sur écoute » ?


On en parle peu et pourtant, il se pourrait que les fameuses écoutes téléphoniques soient de retour au gouvernement ! C'est en tout cas une question que se pose Médiapart.


Dans un article au titre évocateur – Des écoutes téléphoniques sauvages au gouvernement ? – publié le 13 novembre sur son site, Médiapart base ses "accusations" sur le livre paru ce jeudi, Le Chouchou, le fabuleux destin de Xavier Bertrand, aux éditions Anne Carrière. Cette biographie non autorisée de Xavier Bertrand a été écrite par Christophe Jakubyszyn, journaliste au Monde, et Muriel Pleynet de La Chaîne Parlementaire.


Deux éléments sont relevés par le site internet : d'une part, Xavier Bertrand aurait eu accès à des articles du Monde avant leur parution (et en aurait profité pour inciter leurs auteurs à les modifier...). D'autre part, il semblerait que ce même Xavier Bertrand - actuel ministre du travail et chouchou du président - ait eu accès au verbatim d'une conversation téléphonique privée entre Christophe Jakubyszyn et Dominique De Villepin, comme il l'explique ici à Médiapart :



«Même Villepin, vous l'avez appelé... D'ailleurs, Christophe, souviens-toi de ce que t'a dit Villepin. Il t'a appelé un samedi après-midi de son téléphone de voiture pour te mettre en garde sur ce que tu allais dire, et te demander de ne pas citer des propos qu'il avait tenus sur Xavier et qui t'ont été rapportés de manière anonyme!»
«Ces paroles me font l'effet d'un coup de poing», témoigne le journaliste du Monde.


«Comment connais-tu avec autant de précision le contexte et la teneur de ce coup de téléphone avec Dominique de Villepin ?» lui demande Christophe Jakubyszyn.

Bettan - chef de cabinet de Xavier Bertrand - rétorque : «Tu sais, à Paris, tout se sait. Villepin a fait un dîner en ville où il y avait douze personnes et où il a raconté les échanges qu'il avait eus avec toi.»

Les journalistes ne croient pas à cette explication. Bettan lui-même à l'air «mal à l'aise», raconte Muriel Pleynet à Mediapart. En a-t-il trop dit ? La date (un samedi), les circonstances (l'appel passé de la voiture de l'ancien premier ministre)... Décidément, le conseiller de Xavier Bertrand en sait beaucoup sur cette conversation (privée) avec Dominique de Villepin.


Christophe Jakubyszyn explique dans son livre que lui-même ne savait pas que Villepin l'avait appelé depuis sa voiture. Il a donc décidé de rappeler l'ancien premier ministre pour mettre les choses au clair :


L’ex-premier ministre leur confirme que, le samedi en question, il les a bien appelés de son téléphone de voiture. Il jure qu’il n’a divulgué à personne la teneur de leur échange. Et affirme à Christophe Jakubyszyn :

«Eh bien, mon vieux, nous sommes écoutés ! Soit vous, soit plus vraisemblablement moi.» Le journaliste du Monde lui demande s’il a bien participé à un dîner récemment, comme l’affirme Bettan ? Villepin «s’esclaffe», écrit Jakubyszyn : «D’abord, je fréquente assez peu les dîners en ville, mais je n’étais surtout pas en France depuis notre dernier appel. Et puis, vous savez, compte tenu de ce que vous voulez écrire me concernant, croyez-vous vraiment que j’aurais intérêt à le raconter ?»

Dominique de Villepin est-il écouté ? Contacté par Mediapart, l’intéressé, en déplacement à l’étranger, a fait savoir qu’il est injoignable. Mais, depuis plusieurs semaines, l’ancien premier ministre répète en privé qu’il serait «suivi» et «sur écoute».


Précisons que la teneur de la discussion entre le journaliste du Monde et Dominique De Villepin concernait une demande de l'ex-premier ministre : ne pas lui attribuer l'expression qu'il avait utilisée concernant Xavier Bertrand, lorsque celui-ci, ancien chiraquien, a décidé de passer dans le camp des sarkozystes fin 2006. Villepin avait alors qualifié Xavier Bertrand de "traitre sans couilles". Le journaliste n'a finalement pas accédé à cette requête.


Cette histoire intervient alors que le ton monte entre Villepin et Sarkozy, après les derniers rebondissements de l'affaire Clearstram. Il y a quelques jours, l'adversaire le plus farouche de l'actuel président l'a accusé de "détournement de pouvoir". Un peu plus tôt, alors invité de Serge Moati dans Ripostes, Dominique De Villepin avait évoqué des "pressions politiques" sur l'affaire Clearstream et avait surtout évoqué des "menaces" dont il serait victime depuis la rentrée.


Décidément, l'affaire Clearstream est loin d'avoir livré tous ses secrets !

mercredi 12 novembre 2008

Ayo est de retour… at last !


Sorti le 29 septembre dernier, le dernier album d’Ayo, Gravity at last, est un pur joyau. On y retrouve ce mélange de soul, de folk et de jazz, avec un soupçon de reggae et de musique africaine qui a fait le succès de son premier opus Joyful.

Porté par le titre Slow Slow (Run Run), Gravity at last – enregistré en 5 jours dans les conditions du live – permet à Ayo d’aborder des sujets plus profonds que ceux de Joyful (essentiellement porté sur les relations amoureuses). « Dans ce nouvel album je parle de ce qui me choque dans le monde, des politiques et de la corruption. Mais il y a de nouveaux sujets comme l'amour, mon père, ma mère, mon fils », nous explique la chanteuse allemande, d’origine nigérienne et tzigane roumaine.

Le titre le plus marquant de l’album est probablement « Better Days », où Ayo s’ouvre sur la relation qu’elle entretient avec sa mère : « Parfois je me demande si je ne suis pas autodestructrice comme ma mère qui était héroïnomane. Je me suis demandé si, comme c'était en elle, ce ne serait pas en moi aussi. […] Je suis furieuse parce que je me dis qu'il faut savoir profiter de la vie, mais j'ai peur. […] Je crois que j'ai pardonné à ma mère, mais je ne peux pas accepter ce qu'elle a fait. Je pense qu'on est tous très forts. On est là pour vivre. On ne peut pas détruire volontairement nos vies. Ça, je n'accepte pas ».


Et pour mieux vous rendre compte du talent de cette artiste, je vous propose de découvrir Better Days, interprété en live :






lundi 10 novembre 2008

"It's a new day!" pour will.i.am... grâce à Obama!

La semaine dernière, cela ne vous a pas échappé, Barack Hussein Obama a gagné les élections présidentielles aux Etats-Unis. J'avais déjà évoqué ici ce que faisait will.i.am, chanteur du groupe de hip hop Black Eyed Peas, pour le candidat Obama.
A présent, will.i.am est passé à la célébration de cette victoire historique avec un nouveau clip qui tourne sur le net. Dans It's a new day, le rappeur raconte ce qu'il a ressenti le lendemain de l'élection :

I woke up this morning
Feeling alright
I've been fightin' for tomorrow
All my life
Yeah, I woke up this morning
Feeling brand new
Cause the dreams that I've been dreaming
Have finally came true

Il appelle aussi à l'unité de son pays en reprenant le désormais fameux slogan d'Obama :

And they said no we can't
And we said yes we can
Remember it's you and me together

Quant au clip en lui-même, will.i.am nous fait naviguer entre images d'archive et vidéos amateurs, avec une apparaition de ces anciens compagnons de Black Eyed Peas.

En résumé, une belle victoire célébrée par une belle chanson pleine d'espoir :



dimanche 9 novembre 2008

No comment...

Je vous laisse regarder cette vidéo de l'ONG Solidarites pour la Journée Mondiale de l'Eau (qui a eu lieu le 22 mars dernier) qui parle d'elle-même. Je vous invite simplement à signer la pétition en ligne ici.


samedi 8 novembre 2008

Villepin lance sa campagne pour les Présidentielles de 2012 !

Enfin pas encore mais presque !

Depuis quelques jours, d’abord chez LCI et maintenant sur BFM, l’ancien Premier Ministre profite de l’élection d’Obama pour incarner la réconciliation nationale (même si, dit-il, ce n’est pas une « question d’homme »), se faisant à nouveau plus virulent à l’encontre de Sarkozy. Peut-être son renvoi en correctionnel concernant l’affaire Clearstream y est-elle pour quelque chose…

Dans cette interview réalisée ce matin sur BFM TV, Dominique de Villepin analyse l’élection d’Obama en faisant une comparaison peu flatteuse (mais assez juste) avec la campagne de Sarkozy, qui lui a préféré prôner la rupture et les clivages… Et quand on voit l’état du PS, difficile d’imaginer que la réconciliation nationale vienne de chez eux !

Je vous laisse découvrir cette interview dont il faudra se souvenir au moment des élections de 2012… ;)

Edit : Je viens tout juste d'apprendre ici que Villepin a saisi le Conseil d'Etat vendredi pour faire annuler un décret signé par Sarkozy qui reportait la mutation d'un des juges en charge de l'affaire Clearstream à Montpellier !
"L'engagement actif, personnel et public de la partie civile dans l'affaire Clearstream simultané à l'usage de pouvoirs présidentiels dans la même procédure constitue un détournement de pouvoirs au titre duquel M. de Villepin a saisi le Conseil d'Etat", explique un avocat de Villepin. Affaire(s) à suivre...

dimanche 2 novembre 2008

Villepin : "Sarah Palin est sidérante !"



On se souvient tous du formidable discours qu'avait prononcé Dominique De Villepin, alors ministre des affaires étrangères, à la tribune de l'ONU le 14 février 2003. Cinq ans plus tard, l'Amérique est comme un lendemain de cuite, pas très jolie à voir...
Le Journal du Dimanche a interviewé l'ancien premier ministre sur ces élections hors normes pour connaitre le sentiment de ce spécialiste des affaires étrangères, ancien premier secrétaire de l'ambassade de France à Washington, sur les conséquences des élections à venir :


Une nouvelle Amérique est-elle possible ?
Elle est inévitable, tant le vieux rêve américain est brisé. La question qui se posera au vainqueur est simple et difficile: comment une Amérique en crise existentielle va-t-elle s'adapter à un nouveau monde? Comment réinventer un idéal américain après huit ans de cauchemar? Sous George W. Bush, ce pays est passé du rêve de l'hyperpuissance au doute absolu. Le nouveau président aura les ailes rognées pendant plusieurs années par les effets de la crise économique. Tout est à reconstruire et dans un monde qui a changé, où la puissance bascule du Nord au Sud, de l'Occident vers les pays émergents...

Cette élection ne peut pas relancer la Grande Amérique ?
Le monde n'a pas attendu, il n'y aura plus d'Amérique omnipotente. Mais les Etats-Unis ont une capacité de reconstruction. L'élection est marquée par l'espoir et l'ambition. Les deux candidats portent la fin du bushisme...

Les deux candidats ?
Les deux, mais inégalement. McCain rompt avec Bush, mais il est le candidat des républicains... Individuellement, il force le respect. Il ressemble à cette Amérique que nous avons tant aimée, celle des valeurs démocratiques, du GI de la Seconde Guerre mondiale, et l'optimisme du rêve américain... Mais ce rêve n'existe plus. Avec les subprimes, les petits propriétaires qui perdent leurs maisons, la catastrophe de l'industrie automobile, la crise environnementale, ce qui fondait cette Amérique s'évanouit sous nos yeux. McCain peut encore croire à la victoire. Mais il renvoie l'écho d'un monde en train de disparaître.

A contrario, Obama est en phase ?
Il ressemble au monde nouveau. Ses origines, son parcours, le portent. Entre le Kenya, Hawaï, l'Indonésie, son expérience de travailleur social, il peut ressentir ce que nous devenons. Il a réussi à s'imposer comme un symbole, chez lui et dans le monde. Il porte l'espoir d'une réconciliation intérieure... Mais aussi l'espérance d'une politique étrangère plus équilibrée, d'un leadership américain éclairé...

Et vous votez Obama, vous aussi ?
L'Amérique votera sans doute Obama, mais seule l'Amérique votera! Attention à la théâtralisation, à l'idéalisation d'un homme providentiel. Obama porte un espoir, mais aussi des incertitudes. Il développe des thèmes sociaux qui renvoient à Roosevelt. Mais il est aussi choisi par des lobbies financiers: la moitié du financement d'Obama vient des grands groupes, de dollars venus de Goldman Sachs...

Mais, d'un point de vue français, faut-il souhaiter Obama ?
D'un point de vue français et européen, il faut être indépendant. Relisons Bakounine: nous sommes nos propres maîtres! Ce sentiment que le candidat démocrate est le candidat de la planète peut introduire une confusion. Obama est séduisant, mais n'allons pas réinventer l'atlantisme s'il était élu! L'Amérique n'est plus le centre de l'Occident qui n'est plus le centre du monde. Obama, comme McCain, défendra les intérêts de son pays, qui ne seront pas exactement les nôtres.

Mieux vaut quand même éviter que Sarah Palin s'approche du pouvoir ?
Mme Palin est sidérante, mais elle est une partie de l'Amérique: une Amérique blanche et rurale, conservatrice, messianique aussi, l'Amérique des armes à feu, mais aussi de la réussite individuelle... Si cette Amérique se sent exclue du nouveau rêve, elle nourrira sa rancoeur, cela pourra déstabiliser le pays, peut-être l'entraîner dans la violence. Je sais à quel point les Etats-Unis sont fracturés: le résultat, quel qu'il soit, risque, dans un premier temps au moins, d'attiser les tensions. Et on ne change pas un pays par miracle... Ni Obama ni McCain ne seront omnipotents. Il y a les lobbies, les Etats, le Congrès, des habitudes. Il y a la peur, qui a tout rongé...

Mais le choix d'Obama est un choix d'avenir ?
C'est son très beau slogan, "yes we can"! Mais pour Obama -justement parce qu'il incarne le changement-, ce sera encore plus difficile. N'écartez pas le risque d'un terrible désenchantement! Il devra apporter des solutions à son peuple, très vite. Il devra choisir entre ses priorités, gérer le temps, calmer les impatiences. Wall Street et la finance ne seront pas des partenaires faciles. La société politique traditionnelle va le guetter au tournant...

Si vous deviez le conseiller ?
Je n'ai pas cette prétention. Mais il y a une constante, pour n'importe quel leader, et cela vaut aussi chez nous: rassembler au-delà de son camp, et rassembler sur un élan et des valeurs, et d'abord la justice. Obama peut porter cela. Son discours de Philadelphie sur les Noirs et les Blancs était absolument juste. Il est capable d'aller au-delà de ses soutiens. Le fait que Colin Powell le rejoigne est un très bon signe.

Même si Powell était votre adversaire pendant la guerre d'Irak ?
Powell est un ami. Quelqu'un de bien qui a été perdu, un moment, dans le bushisme, par fidélité. Lors de notre affrontement à l'ONU, je le sentais. Colin est un soldat, il défendait la ligne de son président, mais je lisais dans ses yeux une infinie tristesse, une rage même, d'avoir à mener cette politique injuste.
Il peut être l'homme qui ramènera les soldats à la maison avec Obama, après les avoir envoyés là-bas avec Bush ?
Oui. Et aussi un passeur entre les deux Amériques, celle d'Obama et celle de Bush. Justement parce que Colin a été fidèle dans la tourmente, avant de choisir Obama par conviction.

On peut faire admettre aux Américains qu'ils ne sont plus le centre du monde ?
La planète est bouleversée et c'est un point d'appui fantastique pour un homme d'Etat. Si Obama est élu, s'il a l'audace de ramener son pays au monde, "yes, we can, j'ajouterai toutefois: "but not alone", pas seuls! L'Amérique doit renouer avec des principes qu'elle a bafoués à Abou Ghraib, à Guantanamo. Elle doit cesser de rudoyer les dirigeants latino-américains qui lui déplaisent. Elle doit être dans un dialogue, y compris pour réduire la menace iranienne. Elle doit s'investir dans la question israélo-palestinienne, parce qu'elle prouvera son parti pris de justice...

Obama veut poursuivre la guerre en Afghanistan, et poursuivre les talibans jusqu'au Pakistan.
Obama n'est pas au bout de son apprentissage international. Il compense son ouverture sur l'Irak en tenant un discours irréaliste sur l'Afghanistan... Mais il comprendra qu'il n'y a pas de victoire militaire possible là-bas, que la politique doit reprendre ses droits. Aujourd'hui, le monde n'a plus de forme, plus de cohérence. Si l'Amérique retourne à ses valeurs, ce sera un point de départ. Pour l'instant, l'histoire hésite et personne - politiques comme simples citoyens - ne connaît bien son rôle. Nous sommes des personnages, des pays en quête d'auteur et de destin.